J’ai déjà beaucoup écrit dans mon journal sur ce que j’ai retiré de mon séjour à Hyderabad, en Inde, où j’ai assisté au 62e congrès de l’Association mondiale des journaux. Un compte-rendu des débats est disponible sur le site de la WAN-IFRA.
Voici simplement quelques impressions supplémentaires sur l’avenir de la presse, retirées de cet événement.
1) En cette période d’incertitudes, il faut innover. Accepter le risque de l’échec, “lancer beaucoup de bateaux” pour reprendre une formule de Jay Rosen.
2) Il a été beaucoup question des réseaux sociaux au cours de ces trois jours : pour capter de l’audience, animer une communauté, etc. En Norvège, le rédacteur en chef du tabloïd VG (Verdens Gang) demande à ses journalistes de passer 20% de leur temps sur ces réseaux sociaux.
3) L’avenir est aux newsrooms multimédias. Celle du Guardian fonctionne depuis un an. J’ai longuement interrogé Paul Johnson, directeur adjoint de la rédaction. Il insiste sur le fait que cette évolution doit venir de la base et se faire de manière consensuelle. Le positif, après un an de fonctionnement : elle crée une émulation entre les journalistes. Le négatif : ils ont l’impression d’avoir davantage de travail.
4) L’avenir est également à la presse sur le mobile. Les éditeurs y voient un moyen de rajeunir le lectorat et de revenir au payant. Au Japon, le téléphone portable est le 2e média des adolescents, derrière la TV mais devant le PC. Certains patrons de journaux voudraient ainsi fermer la page du web, comme une mauvaise parenthèse de l’histoire. A noter qu’Internet apparaît progressivement comme un média de vieux, à mesure que la génération des baby boomers s’en empare.
5) L’idée que l’info à un coût et qu’il faut la rendre payante, d’une manière ou d’une autre, est désormais largement partagée. Il n’est plus possible de revenir totalement sur la gratuité sur Internet, mais le maître-mot est de créer de la valeur ajoutée à côté du « canon à dépêches ».
Enfin, ces quelques jours m’ont laissé comme un goût de scepticisme sur le journalisme multimédia, pour des raisons purement pratiques. Je constate que notre métier est déjà envahi par toute une série de contraintes techniques : trouver une prise de courant pour charger son PC et son iPhone (il n’y avait pas de prises accessibles dans les salles de conférence, d’où nécessité de trouver une rallonge, etc.) , trouver du wifi ou une prise Internet, des piles pour son enregistreur, gérer en même temps les contraintes de fouilles, accréditation, etc. Sans oublier les cartes de visite, qu’il faut toujours avoir sous la main. Avec les impératifs de réactivité comme d’attraper au vol un intervenant à la fin d’une table ronde, avant qu’il ne s’éclipse. J’ai eu un moment de panique quand je me suis aperçu de la disparition de mon cahier de notes, qui résumait deux jours de congrès. Le temps que j’aille discuter avec un intervenant, il avait été ramassé sur ma table par un employé un peu trop zélé et mis à la poubelle… Bref, je ne me vois pas transformé en journaliste Shiva (en Inde, c’est pourtant le lieu idéal), gérant à la fois les contraintes techniques d’un PC, d’un smartphone, d’un micro, d’une caméra, et accessoirement d’un cahier et d’un stylo. Parce que les choses ne se passent jamais exactement comme on le souhaiterait.
XT

Ton analyse rejoins une bonne partie de la mienne (vue en local) et la complète sur certains points (la difficulté du multimedia s’il n’est pas voulu depuis la base). Merci.
prem’s
Merci de vos commentaires. J’ai perdu un peu l’habitude de bloguer, mais je sens que ça va revenir très vite.
XT
[...] violent depuis 2005 : une corrélation à faire avec une nouvelle forme de journalisme, plus digitale ? L’aide apportée par l’Etat français, les difficultés des sites d’information [...]
Hop, bonsoir.
A l’occaze, il faudrait qu’on se parle du journalisme multimedia. Tout est question de choix a priori, d’opportunité sur le moment et de timing de publication.
Evidemment, ramener de la vidéo, du son ou de l’image à chaque fois est une hérésie.
Simplement, parfois, un sujet se raconte mieux dans d’autres formats. Et pour cela, il faut connaitre et savoir utiliser les divers outils.
Hello Cédric,
C’est vrai que j’ai été formé dans une culture du journalisme avec division du travail : le rédacteur écrit, le photographe photographie, le cameraman ou JRI filme, le preneur de son enregistre… J’ai tendance à penser qu’on ne peut pas arriver à une même qualité de résultats avec une personne qui fait tout cela à la fois.
Je trouve aussi que la technique ajoute sans cesse des contraintes auxquelles on n’avait pas pensé. J’aurais des tas d’histoires à raconter, toutes sortes de situations rocambolesques dans lesquelles j’ai dû faire preuve d’imagination simplement pour envoyer un papier ! Elles font de bons souvenirs, mais sur le coup c’est souvent la panique.
J’aimerais que ceux qui me donnent des leçons (souvent les plus jeunes) aient un peu plus d’expérience à m’opposer…
Ok pour discuter de tout cela avec toi un de ces jours.
Hello,
Quand j’ai été embauché comme journaliste localier (il y a très longtemps) on m’a mis un appareil photo entre les mains, j’ai dû apprendre très vite à cadrer, développer mes films et réaliser mes tirages. Et puis le lendemain, on m’a dit qu’il fallait aussi que je maquette mes pages et que je les monte. bref en 48h j’étais devenu – en plus de mon boulôt de rédacteur – photographe et secrétaire de rédac.
La qualité est venue au fil du temps et de l’usage, je suis bien d’accord.
La polyvalence ne date pas du web, c’est ce qu’ont oublié nombre de journalistes de quotidiens nationaux, habitués à rendre des papiers bruts, qui sont ensuite titrés et chapotés par des secrétaires d’édition. Mais les temps sont durs, la pqn a t’elle encore les moyens de ce type d’organisation?
Sinon, comme le dit Cédric, il ne s’agit pas de tout faire en même temps. C’est juste une question de choix éditorial et de répartition du boulôt au moment de la conf. de rédac.
Lors du procès Courjeaut à Tours, la NR avait 2 journalistes chargés du procès “en temps réel” pour le web (avec Coveritlive), un chroniqueur judiciaire pour le Compte-rendu classique papier du procès (+ un photographe pour les images).
Deux genres très différents qui nécessitaient des équipes différentes, à la hauteur de l’importance de l’événement.